Ces crimes qui ont tué ce pays !

Lapan'ny Fitsarana Anosy 08 Fev 11
Lapan'ny Fitsarana Anosy 08 Fev 11
Lapan'ny Fitsarana Anosy 08 Fev 11

Madagasikara vit au rythme de crises répétitives depuis des lustres. On dirait un pays atteint d’asthme chronique où le répit n’est que de courte durée, le temps que les médicaments fassent leurs effets. L’asthme est une « maladie » due à plusieurs facteurs tant intérieurs qu’extérieurs. L’asthme peut être passager ou chronique, cela dépend de l’état de l’organisation du corps à se défendre. Aussi, d’un changement de saison à un autre, un asthmatique peut piquer une crise ou ne pas en avoir du tout.

Depuis 1895, une maladie a été introduite dans ce pays et que l’on n’a jamais pu combattre. Cette maladie a été amplifiée au fur et à mesure que l’on est entré dans le giron de la colonie française. Elle a été à son paroxysme au mois de mars 1947.

11 février 1975, le Président de la République de Madagasikara, le Colonel Richard Ratsimandrava, a été assassiné. Ambohijatovo Avaratra est le lieu « officiel » déclaré du crime. Beaucoup de « rumeurs »se sont répandues autour de ce meurtre et continuent à circuler. La rumeur la plus folle prêche la revanche des natifs de Tuléar, ville dans laquelle le Colonel Ratsimandrava officiait à la tête de la Gendarmerie, suite aux répressions de mars et avril 1971.

Au-delà de ces rumeurs de rues, il y a les « dires » de certaines personnes qui l’ont entouré. On ne sait pour quelles raisons ils parlent, mais ils sortent des choses. Peut-être pour l’honneur et la gloire de dire qu’ils savent quelques choses que les autres ne connaissent pas ? Pour se donner un peu plus d’estime et de considération par rapport aux autres ? Ou tout simplement victime du « kibokiboin’ny marina ka tsy hiteny ? »… Zafy, Ramakavelo, Rajakoba, Andriamanjato, Ratsiraka, Gisèle Rabesahala, Manandafy, feu Ravony,… étaient tous près de ce dossier. Ils en ont tous parlé à leurs manières. On se souvient des fameux « ampamoaka » de Zafy, Andriamanjato, Ramakavelo et compagnie en 1991.

Mais, il y a une trajectoire particulière parmi autant de déclarations. Il fût ministre de la Ière République, il œuvra jusqu’au début de la seconde République. Il disparut de la circulation jusqu’en 2001, mais entre temps il se trouva une vocation sacerdotale. Dans de discussions totalement privées, il « soutint » qu’Ambohijatovo Avaratra ne fut qu’une mise en scène. Sa mission pastorale lui interdit peut-être de dire la vérité.

Peu importe les déclarations, le fait le plus marquant dans cette histoire est l’incapacité de la Justice Républicaine à établir la vérité. Des noms furent « fortement » soupçonnés dans ce sordide assassinat. La culpabilité de certains noms aurait même été établie. Furent « intimement »liés au dossier les noms de Philibert Tsiranana, le colonel Rabetafika et le Colonel Bréchard. Après l’acquittement des accusés, le dossier n’eut pas de suite au nom de la sureté de l’Etat. Autrement dit, le ministère public n’a pas fait appel de la décision de la Justice pourtant c’est un Président qui fut tué.

De quelle sureté de l‘Etat parle-t-on exactement puisqu’en tuant un Président, c’est l’Etat qui est atteint?

Si cet assassinat est qualifié de politique, alors, il est le reflet même de notre société étant donné que la politique c’est l’organisation de la cité. En effet, pour quelles raisons tuerait-on le Président Ratsimandrava ? La politique qu’il allait appliquer à Madagasikara augurait de bonnes perspectives pour le pays. Aussi, tue-t-on un Président dans ce pays parce qu’il lui veut du bien ? Pour rappel, Richard Ratsimandrava est un pur produit du PADESM, son père en était un membre éminent pour ne pas dire un des fondateurs. Beaucoup parmi les personnes inculpées dans cet assassinat étaient issus de cette « organisation ». Cela n’a pas empêché à ce que l’on enseigne jusque dans l’éducation nationale que ce meurtre fut l’œuvre de l’impérialisme français qui n’a d’ailleurs pas réagi plus que ça pour endosser la responsabilité. La question capitale est pourquoi la France tuerait-elle un de ses collaborateurs le plus fidèle ? La réponse se trouve sûrement dans le statut même du PADESM. Le caractère ethnique de ce meurtre n’est pas à nier. La démission du Général Ramanantsoa parle d’elle-même pour transférer le pouvoir à un Colonel. A quel autre danger le pays aurait-il été exposé à cette époque là ?

36 ans après, cet assassinat reste non élucidé et a eu beaucoup de conséquences plus que graves dans la vie de ce pays.

L’impunité liée à la cause ethnique est l’une des conséquences du non élucidation de ce meurtre. Aussi, s’en sont suivis la mort du Colonel Joël Rakotomalala et consorts, celle de Sibon Guy et consorts, celle du Général Lucien Rakotonirainy… Aussi, aucune justice ne peut être rendue sans que cela n’ait une connotation ethnique.

Il y a aussi l’impunité tout court qui est une conséquence directe de la soumission de la Justice aux personnes ayant une quelconque notoriété et/ou une quelconque relation avec le pouvoir.

La plus grave d’entre toutes les conséquences est surtout l’incapacité de la Justice à connaître ce que c’est la justice et être juste. La Justice malagasy, civile ou militaire, a perdu toute notion d’équité et de justice. Aussi, des militaires tuent des militaires sans qu’ils n’aient à craindre ni la Justice Républicaine, ni la Justice militaire. Des meurtres peuvent être commis sans que la Justice ne puisse établir la vérité. Une incompétence qui prend de l’ampleur au fil des années.

  • 1971-1975, des gens sont morts sans qu’aucune responsabilité ne soit formellement et officiellement établie.
  • 1985, l’affaire Kung Fu laisse un trace indélébile dans l’injustice instaurée dans ce pays.
  • 1991, la défense du Palais Présidentiel d’Iavoloha était légitime et légale. Par ailleurs, des témoignages font état d’utilisation de mines anti-personnelles. Les tirs du haut d’un hélicoptère pour tirer dans les jambes doivent éviter d’abord des têtes avant d’atteindre les jambes. Le crime contre la nation est surtout l’utilisation à caractère purement ethnique d’Antandroy pour lancer des grenades à coup de «pilotra» (fronde) pour disperser les manifestants.
  • 2002, des vies auraient été perdues. Ni la Justice militaire, ni la Justice républicaine ne s’en est intéressée.
  • 2009, si un semblant de procès qui n’établit en aucune manière la vérité sur les responsabilités concernant ce qui s’était réellement passée le 7 février 2009, qu’en est-il du 26 janvier ? Du 28 mars 2009 ?

L’absence d’une vraie justice est une incitation réelle à certains de dévier et de recommencer autant de fois qu’ils veulent. La perte de crédibilité de la justice qui croit de jour en jour n’est pas d’autant plus une aide.

Concernant la mort du Colonel Ratsimandrava, le silence de beaucoup de personnes montre qu’eux aussi ont beaucoup de choses à se reprocher et ont peur à ce qu’autres les dénoncent. Ils sont toujours là et jouant encore et encore la vie de ce pays. Ils sont tous presque septuagénaire, l’heure approche pour eux et auront-ils amené avec eux la vérité sur ce pays et ne rien laisser aux vrais héritiers ?

8 pensées sur “Ces crimes qui ont tué ce pays !”

  1. Merci d’avoir pris soin de rédiger cet article.

    Le nom du Colonel Richard Ratsimandrava évoque tant de choses, telles:
    – FOKONOLONA,
    – « TSY IAMBOHO ADIDY AHO, mon général » qui fait montre de bravoure,

    Enfin, et à mon avis, il voulait appliquer de l’impartialité dans sa façon de juger.

  2. Merci Alidera
    c’est un hommage vibrant à l’égard du colonel Ratsimandrava
    C’était un espoir pour madagascar…nous n’aurions surement pas eu le cataclysme de 25 ans de dictature Ratsiraka

    Les malgaches ont la mémoire courte : oui : A QUI A PROFITE LE CRIME??????

    idem pour l’ASSASSINAT DE SITBON !

    L’intervention de Ratsiraka sur radio viva , fin 2008, pour aider l’ascebnsion de Rajoelina……Est on si naîf ou CORROMPU A TANA ?

  3. Merci beaucoup pour cet article ;je suis catholique et je pense que Le Pere Remy Ralibera a aussi fait des sous-entendu concernant l’assassinat de Ratsimandrava (voir ses memoires).
    Neanmoins je pense que l’Eglise Catholique (ou ses elements) ont joué un role important dans la colonisation de Madagascar ;et dans les coups d’etat .
    Mais des chiffres disent bien que le niveau de vie entre les colonisés et le riches colons etaient au debut de 1 à 5 ,mais maintenant dans les pays ex-colonisés la difference est de 1 à 35 ,plus les dettes et la famine et la destruction du milieu naturel (ex:bois de rose).
    Tuer l’Etat c’est le meilleur moyen de nous diminuer tous ! La formule de Ravalo Partenariat Public Privée etait une formule de sortir de la pauvreté .

  4. Sariteny
    dans toutes colonisations l’Eglise catholique avit MISSION de faire soumettre les esprits.
    On dis si bien : « LE SABRE ET LE GOUPILLON  »
    Les cardinal de lavigerie et père Charles de Foucault (pas toujours glorieux chez les arabes) avaient cette mission

    Les jésuites en Amérique du sud ont bien COLLABORE AUX MASSACRES GENOCIDAIRES DES INDIENS /

    ILS SONT IMPUNIS DEVANT DIEU ET DEVANT LES HOMMES.

    En 1960lors du référendum des curés français menaçaient d’excommunion les vieilles bigotes qui avaient vote NON à la France.

  5. Et à mon humble avis le plus grand mérite de Ravalomanana est de PRODUIRE MALGACHE , d’avoir créé un empire économique malgache DE QUALITE ,
    ce qui faisait de l’ombre aux intérets français.

    Les Français( comme tgant d’occidentaux impérialistes) veulent que nous restions dans une logique économique néo-coloniale :

    ==> vendre des biens A L’ETAT BRUT , SANS PLUS VALUE , dont ils baissent sans cesse les cours à la bourse.

    ==> et importer des biens , desx produits finis de l’extérieur : dont ils sont seuls maitres pour la fixation des prix du marché et des cours boursiers.

  6. « La primauté du DROIT, est la caractéristique essentielle d’un Etat de droit » dixit Saliou Aboudou, Président de l’Association Africaine des Hautes Juridictions Francophones, et fervent défenseur des Accords de Cotonou ainsi que de la déclaration de Bamako!
    Ladite déclaration ( 3 nov 2000 ) n’est rien d’autre que le fruit d’un colloque international sur le bilan des pratiques de la démocratie, des droits et libertés dans l’espace francophone.
    Dans nos mûrs depuis peu, et ce pour défendre la feuille de route de Simao, Mr SADA H. délegué général de la francophonie, devrait relire cette fameuse déclaration.
    Je vous donne ici, un extrait de l’interview que Saliou Aboudou avait donné, et portant sur l’AAHJF.
    « Au début, notre association ne regroupait que des Cours suprêmes et des Cours de cassation. Le volet purement judiciaire l’emportait. Nous avons ensuite décidé d’élargir notre champ de vision, car les questions de de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance ne concernent pas seulement les Juges judiciaires, mais également les autres Ordres de juridiction ( Cours constitutionnelles, Cours des Comptes, etc..).
    Nous nous intéressons aussi, biensûr, à la régulation des rapports politiques, économiques et sociaux. Mais notre première préoccupation reste la Construction de l’Etat de droit et de la sécurité juridique et judiciaire, qui passe par la création d’un environnement juridique harmonisé, favorable aux investissements avec une justice indépendante, forte et CREDIBLE. Les hautes juridictions africaines y ont un rôle capital à jouer « .
    …..
     » La meilleure manière de prévenir les crises et les conflits, est de faire jouer au quotidien, par tous les acteurs du jeu démocratique, leur rôle dans l’Etat de droit. Bien entendu, si une crise survient et qu’elle est de nature politique, la Cour constitutionnelle du pays en cause doit pouvoir en analyser les motifs. Pour ce faire, et pour garantir l’Etat de droit, nos institutions doivent évidemment être INDEPENDANTES.
    Nous appelons d’ailleurs de nos voeux, la création d’un OBSERVATOIRE SUR L’INDEPENDANCE DE LA JUSTICE, dont le mécanisme reste à définir ».

    Dia hoy aho hoe : Andao izy ampiana, na koa izy hanampy antsika !!!!

  7. Sariteny: Feu père Rémi Ralibera est le premier à prendre sa distance de Ra8 peu après 2002.
    Et l’on voulait tant savoir la réponse au QU’EST CE QUI S’EST PASSE ENTRE LES DEUX?

    Je trouve le Cardinal Gaetan RAZAFINDRATANDRA une personne sage à esprit réconciliateur, un bel exemplaire.

    En passant, il paraît que sa mort est QUESTIONABLE?

  8. Entre autres: nous nous sommes lié d’amitié avec un père Jésuite, laquelle amitié s’est renforcée une fois arrivés au pays.

    J’ai failli récolter des claques dès que je me suis mise à lui raconter mes ressentimens et mes rancoeurs à l’encontre des Putshistes

    Partant de cette expérience vivante, j’ai pu faire la part des choses.

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