Madagascar : un référendum sur mesure
Les feux de l'amour
par Pascal Priestley
S’il n’était en réalité dramatique, le feuilleton pourrait faire sourire. Résumons.Saison 1 : en 2002, Marc Ravalomanana, jeune et fringuant maire de la capitale de Madagascar et homme d’affaire avisé (son industrie laitière lui vaut le surnom de « roi du yaourt ») vient à bout, avec le soutien de la rue et de l’armée, du régime personnel et corrompu de Didier Ratsiraka, au pouvoir (malgré une coupure) depuis la nuit des temps post-coloniaux. Celui-ci prend le chemin de l’exil. Ravalomanana promet aux Malgaches démocratie et prospérité.
Saison 2 : en 2009, Andry Rajoelina, jeune et fringant maire de la capitale de Madagascar et homme d’affaire avisé (connu comme disc jockey, publicitaire et propriétaire d’une chaîne de télévision) vient à bout, avec le soutien de la rue et de l’armée, du régime personnel et corrompu de Marc Ravalomanana, au pouvoir depuis sept ans. Celui-ci prend le chemin de l’exil. Rajoelina promet aux Malgaches démocratie et prospérité.
Contrairement à son prédécesseur, pourtant, Rajoelina souffre d’un handicap : nul électeur ne l’a jamais mandaté pour devenir président de la République. Pire : son jeune âge (il n’a pas trente-cinq ans) l’exclut de cette charge. On va arranger tout cela. Une haute autorité de transition est créée dont il se déclare président (mars 2009). Le parlement élu est suspendu. Une cour constitutionnelle peu regardante valide le putsch.
PARTAGE DU POUVOIR
A l’inverse de Ravalomanana, pourtant, Rajoelina peine à vendre le coup d’État à la communauté internationale qui, dans son ensemble, ne le reconnaît pas et suspend la majeure partie de ses aides à la grande île. Isolé, il doit négocier avec les « trois mouvances » représentant, en gros, les factions qui l’ont précédé au pouvoir : celle d’Albert Zafy, éphémère président élu des années 90, celle de Didier Ratsiraka, en exil à Paris mais toujours actif à travers ses partisans et celle de Marc Ravalomanana, réfugié en Afrique australe.
Des accords de partage de pouvoir sont signés à Maputo en août 2009. Les principaux postes législatifs et exécutifs sont répartis entre les différents clans qui acceptent en contrepartie du bout des lèvres la présidence de Rajoelina. Un Premier ministre de consensus est désigné. Il ne durera guère, limogé un mois plus tard tandis que se durcit l’autorité de fait d’un pouvoir de moins en moins transitionnel.
Des pourparlers se poursuivent cependant. En août 2010, le régime de Rajoelina et une centaine de partis politiques malgaches signent un nouvel accord de "sortie de crise", qui prévoit notamment la tenue d'une élection présidentielle en mai 2011. Les trois mouvances des ex-présidents rejettent cet accord.
AMOUR DE SOI
C’est dans ce contexte que débute la Saison 3 : le référendum constitutionnel du 17 novembre.
Destinée, selon ses rédacteurs à « éviter les dérives dictatoriales » la réforme vise avant tout à légitimer le processus en cours. Elle introduit quelques innovations pittoresques (voir ci-contre) tels un statut de « chef de l’opposition » et une « inspection générale de la justice » et remplace le mot « liberté » de la devise malgache (« liberté, patrie, progrès ») par « amour ». Sans doute celui pour son Président Andry Rajoelina, confirmé au passage dans son rôle de « chef de l'État ». La nouvelle constitution lui permet justement de se présenter à la future élection présidentielle en abaissant sur mesure l’âge requis.
Les « trois mouvances » qui appellent au boycott du scrutin se voient interdire de rassemblement, de même qu'un ancien Premier ministre de « consensus » désormais partisan du « non ». Plusieurs dirigeants de l’opposition sont arrêtés. La communauté internationale, pourtant à la recherche d’une sortie de crise présentable ne reconnaît pas la consultation jugé « peu consensuelle ». C’est un euphémisme.
Rajoelina, lui, fait campagne sans encombre. Quelques stades pleins lui donnent l’illusion d’être porté par une vague. Il est en réalité bien seul. La Saison 4 s’annonce assez mauvaise.