Affaire LOC: Les catholiques au milieu d’un énorme scandale financier
Mardi, 08 Juin 2010 05:27
Délaissés sinon ignorés par Marc Ravalomanana, les fidèles catholiques pensaient pouvoir se rattraper avec le changement. Depuis l’année dernière, églises, complexes sportifs, écoles, centres d’accueil sont d’ailleurs construits un peu partout dans le pays. Une véritable manne tombée du ciel pour les nombreuses entreprises (LOC) qui se précipitaient sur le projet soumis par un jeune opérateur, un certain Hajanirina Ramboniarisoa.
A la tête d’un bureau d’études dénommé Liaison Office Consulting (LOC), ce dernier a monté une belle affaire. Avec ou sur le dos de l’Eglise catholique. La nuance est fondamentale et doit être éclaircie. En tout cas, les fidèles et les entreprises en mal de travaux pendant la crise et longtemps sevrés de marchés durant le régime de M. Ravalomanana, croyaient qu’après le départ de ce dernier, le Vatican avait décidé d’allouer d’énormes sommes d’argent à Madagascar.
Avec certainement l’aval de hauts responsables de l’Eglise, le bureau d’études contactait directement les paroisses pour leur demander leurs besoins en arguant que les travaux sont assurés par un financement extérieur. LOC se charge de réaliser toutes les études et contacte les entreprises pour l’adjudication du marché. Une convention tripartie est signée par le bureau d’études, les bénéficiaires eux-mêmes qui selon la nature des travaux, sont représentés par le prêtre du village ou le président de l’association des parents d’élèves…, et l’entreprise dont l’obligation est de verser 10 % du montant du contrat à LOC au moment de l’attribution du marché. Le premier paiement par LOC qui sert d’intermédiaire avec les bailleurs de fonds est prévu seulement après l’achèvement de 30 % des travaux. En dépit des conditions assez rudes, les entrepreneurs accourent d’autant plus que la popularité aidant, les fidèles se bousculent auprès de LOC pour bénéficier également de cette aide extérieure inespérée dans un contexte où les bailleurs de fonds traditionnels ont suspendu leur financement.
On ne sait pas si au départ, des financements ont été effectivement transférés de l’extérieur ou si le jeune Rambiniarisoa avait appris la leçon d’un certain Bernard Madoff en utilisant les 10 % récoltés sur de nouveaux contrats pour payer quelques attachements sur d’autres marchés en cours. En tout cas, tout semblait parfait jusqu’à ce que les entrepreneurs ne soient plus payés.
L’association des entreprises victimes évalue à quelque 400 milliards de nos francs le total des impayés. Le chiffre pourrait être facilement doublé voire triplé dans la mesure où seule une partie des prestataires a rejoint l’association. Pour diverses raisons, d’autres entreprises ne voudraient pas poursuivre en justice le sieur Hajaniaina Ramboniarisoa qui a eu le génie d’embobiner des grands hommes d’affaires qui ne sont pourtant pas des enfants de chœur.
Afin d’échapper à une poursuite des plaignants, M. Ramboniarisoa s’est d’ailleurs retourné contre son ancien directeur général et son ex-directeur de passation des marchés qu’il accuse de détournements, d’abus de biens sociaux et d’escroquerie. Si ce responsable a démissionné de son poste au terme de plusieurs mois de collaboration, le DG est licencié seulement deux mois et demi après son recrutement pour le motif d’objectifs non atteints. De mars à mi-mai 2010, on reproche à ce dernier d’avoir subtilisé 600 millions Fmg dont les pièces justificatives sur l’utilisation de cette somme dans la gestion courante de LOC ne peuvent pourtant souffrir d’aucune contestation. Il n’empêche, ce responsable et son collègue sont ramenés dare-dare comme de vulgaires criminels à Antsirabe vendredi. L’affaire était déferrée au Parquet qui s’est déclaré incompétent et a décidé d’envoyer le dossier auprès du Tribunal de Première instance d’Antananarivo.
D’après les proches du dossier, cette affaire n’est qu’une pure diversion assortie d’une vengeance contre l’ancien DG qui a osé ester en justice pour licenciement abusif. M. Ramboniarisoa doit répondre des centaines de milliards dues aux entreprises de construction. Et la Justice doit traiter en priorité ce dossier car autant les trafics de bois de rose ont constitué une catastrophe économique, ce scandale sera une véritable catastrophe économique. Les entreprises victimes sont également redevables auprès des fournisseurs de matériaux de construction et des concessionnaires de voitures. Tout cela s’écroulera du jour au lendemain à cause d’un « génie » et la complicité de l’Eglise catholique qui n’a à aucun moment démenti son implication ou sa garantie financière dans l’opération.