13 novembre 2010
Fillon reconduit dimanche matin, Copé refuse l’intérieur, Alliot-Marie envisagée au Quai d’Orsay
Samedi 23h30. Peu de femmes, mais à des postes décisifs. Nicolas Sarkozy envisage de nommer Michèle Alliot-Marie au ministère des affaires étrangères. Il lui en a parlé le 9 novembre dans l’après midi. Valérie Pécresse pourrait récupérer la justice, mais rien n’est fait pour l’ancienne chiraquienne. Dans ce contexte, Christine Lagarde resterait à Bercy avec François Baroin, tandis que Nathalie Kosciusko-Morizet récupérerait la santé. Elle a pour concurrent le député centriste Jean Leonetti.
Les chiraquiens punis? Copé, qui a refusé l’intérieur, n’est plus certain à 100% d’avoir l’UMP. En revanche, le secrétaire général de l’UMP Xavier Bertrand rentrera au gouvernement: trois portefeuilles sont possibles, l’écologie, le social, voire l’intérieur si M. Hortefeux est finalement envoyé à l’UMP à la place de M. Copé. Les quatre chiraquiens qui avaient signé en septembre une tribune dans le Figaro posant leurs conditions pour une victoire en 2012 (Copé, Baroin, Le Maire, Jacob) sont pour l’instant mal lotis: Baroin resterait à Bercy, Le Maire n’est pas certain de récupérer l’aménagement du territoire en plus de l’agriculture tandis que Jacob n’est plus certain d’hériter de la présidence du groupe UMP.
Samedi 22h 25: Sarkozy espère avoir annoncé le gouvernement avant son diner dimanche soir, en compagnie de Michel Houellebecq, lauréat du prix Goncourt et de son épouse Carla Bruni.
Samedi 22h 10 Jeannette Bougrab au gouvernement. Nicolas Sarkozy cherche des personnalités issues de la diversité, après le départ de Rachida Dati, il y a un an, alors que Rama Yade et Fadela Amara devraient être remerciées du gouvernement. La première est accusée de se faire une popularité sur le dos de M. Sarkozy en contestant son discours de Dakar sur l’Afrique (je ne vais pas gifler le président, avait-elle dit, choquant les ministres), la seconde avait clairement fait le choix de Borloo contre Fillon. Le présidente de la Halde, Jeannette Bougrab, qui a rencontré récemment Nicolas Sarkozy devrait devenir secrétaire d’Etat. “Elle est beurette, diplômée, ne fait pas le ramadan et a fait un bon coup en s’affichant avec Elisabeth Badinter”, dans une affaire de voile dans une crèche privée, assure un proche du président.
Samedi, 21 h 20: Copé refuse de Sarkozy le ministère de l’intérieur, Borloo prépare son départ. Nicolas Sarkozy a vu samedi Jean-François Copé. Le président du groupe parlementaire UMP à l’Assemblée brigue la tête du parti, mais le président lui a proposé le ministère de l’intérieur. “C’est une bonne idée, non ?”, assure un responsable de la majorité, tandis qu’une ministre confirme : “l’Elysée dit que rien n’est fait pour l’UMP”. Finalement, M. Copé a indiqué à M. Fillon qu’il persistait dans son intention initiale, rester hors du gouvernement, assure un troisième ministre. Brice Hortefeux compte donc rester au ministère de l’intérieur, alors qu’il aurait accepté de prendre l’UMP à la place de M. Copé si M. Sarkozy le lui avait demandé.
Jean-Louis Borloo a lui aussi vu le président. Il lui a proposé le quai d’Orsay, le ministère de la justice ou un ministère de l’écologie et de la cohésion sociale. Le ministre n’a pas donné de réponse. Il est enclin à claquer la porte du gouvernement, après avoir tenu pendant des semaines la corde pour Matignon. M. Borloo a été victime de la fronde de l’ex-RPR et de sa gestion jugée inadéquate de la crise des carburants. “Vous avez déjà vu Borloo claquer la porte?”, s’interroge un proche du président.
Samedi, 20 h 40 : Christine Lagarde, qui est rentrée de Seoul avec Nicolas Sarkozy dans son avion, n’est plus ministre. Elle ne veut rien dire, mais on sent bien qu’elle n’est pas inquiète. Elle a juste un souci : peut-elle aller, dimanche midi, à l’émission sur France 2 de Laurent Delahousse. A quel titre? “Je vais demander”, s’amuse Mme Lagarde.
Samedi, 20 h 15 : François Fillon doit être renommé demain matin à ses fonctions, selon un proche du président. “Nous ne ferons pas d’autre commentaire que le communiqué ce soir”, indique Franck Louvrier, conseiller en communication de l’Elysée. Nicolas Sarkozy a donc choisi la continuité plutôt que l’ouverture au centre avec le choix, longtemps évoqué, de Jean-Louis Borloo. Le premier ministre s’est rendu à deux reprises à l’Elysée, samedi. La seconde fois, en fin d’après midi, il a été accueilli par Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée et raccompagné à la sortie par Nicolas Sarkozy lui-même.
M. Sarkozy cherche à composer un gouvernement resserré, d’une quinzaine de ministres. Il compte faire rentrer des poids lourds, notamment Alain Juppé, qui a indiqué ce samedi qu’il pouvait à la fois être ministre et maire de Bordeaux. “Juppé sera ministre de la défense. C’est le seul ministère attribué de façon certaine ce soir”, assure un proche du président.
M. Sarkozy veut garder au gouvernement Jean-Louis Borloo, qui a été reçu ce samedi à l’Elysée. Celui qui a tenu la corde pendant des semaines pour succéder à M. Fillon pourrait hériter de la cohésion sociale, de la justice ou du quai d’Orsay, ce qui lui éviterait d’avoir à rendre des comptes trop directs à M. Fillon. Il n’est pas certain en revanche qu’il conserve Michèle Alliot-Marie. Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, devrait conserver son poste tout comme le ministre de l’intérieur Brice Hortefeux. Toutefois, l’hypothèse de M. Borloo au quai d’Orsay empêchera Christine Lagarde d’hériter de ce ministère. Dans ce cas, il faudrait règler le conflit qui l’oppose à Bercy à François Baroin… Bref, le jeu de dominos du remaniement a commencé ce samedi soir.
Samedi, 19 h 40 : François Fillon démissionne. Nicolas Sarkozy a choisi d’accélérer. Après six mois de suspense, le remaniement est entré dans sa phase finale: Le premier ministre a remis samedi soir sa démission au président de la République qui a mis fin à ses fonctions. La nouvelle a été donnée par un simple communiqué de l’Elysée: “En application de l’article 8 de la Constitution, M. François Fillon a présenté au président de la République la démission du gouvernement. Le président de la République a accepté cette démission et a ainsi mis fin aux fonctions de M. François Fillon”, stipule le communiqué.
Arnaud Leparmentier